[Politique] L'ex-ministre grec des Finances demande à l’Europe de dé-diaboliser la Chine

 
 

Il est un des candidats de la gauche désormais bien fragmentée à la présidence de la Commission. L’ancien ministre grec des finances, Yanis Varoufakis, appelle l’UE à cesser de diaboliser la Chine et à prendre ses responsabilités dans ses relations commerciales.

Alors que les dirigeants européens rencontraient le président chinois, Xi Jinping, l’ancien ministre des finances grec a appelé l’UE à cesser de diaboliser la Chine dans leurs relations commerciales lors d’un évènement organisé par le groupe de réflexion Bruegel. Le 26 mars, l’exécutif européen avait émis une recommandation pour renforcer la cybersécurité pour le déploiement de la nouvelle génération de technologie mobile (5G). Cette proposition avait surtout pour but de contrer les risques présumés de cyberespionnage de la part d’entreprises chinoises.


L’UE veut plus de réciprocité avec la Chine
Inquiete de l’influence grandissante de la Chine, l’UE a appelé à plus de réciprocité dans les relations commerciales et ne considère plus la Chine comme un pays en voie de développement.
 
Yanis Varoufakis a encouragé les États membres à utiliser les produits du géant chinois Huawei, au cœur de la polémique. « Il est risible de pouvoir penser qu’ils comptent nous espionner », a-t-il déclaré. « Qui est-ce qui espionnait les conversations d’Angela Merkel ? Ce n’était pas les Chinois, n’est-ce pas ? Non, c’était nos grands amis de l’autre côté de l’Atlantique », a ajouté l’économiste grec. Celui-ci a critiqué l’anxiété européenne croissante à l’égard de la Chine, et l’obstination à vouloir rééquilibrer la relation bilatérale.

En référence aux déclarations du président français de la semaine précédente, le Grec a rappelé que la Chine investissait aujourd’hui en Europe à cause des politiques monétaires et fiscales qui ont précipité son économie vers l’abîme.

« Nous sommes idiots. Il ne faut pas remettre la faute sur la Chine… Nous avons créé un vide et les Chinois le comblent », a-t-il déclaré.

Les institutions européennes, les diplomates et les représentants de l’industrie se plaignent depuis plusieurs semaines de certaines pratiques chinoises, et notamment du transfert forcé de technologie, des violations de la propriété intellectuelle et des barrières à l’entrée des marchés locaux. L’ancien ministre grec a appelé l’Europe à « cesser de diaboliser la Chine ». « Nous les Grecs, nous avons appris une chose pendant les 10 dernières années : qu’il faut d’abord se regarder dans la glace avant de remettre la faute sur les autres ».

Le Grec a minimisé les inquiétudes concernant la mainmise du parti communiste sur l’économie chinoise, en rappelant que des entreprises européennes avaient également bénéficié de financements publics. Alors que les dirigeants européens disaient vouloir rééquilibrer  leur relation bilatérale avec la Chine, celui-ci a également rappelé que les règles du jeu « n’avaient jamais été définies en Europe ».

« Nous dépendons d’eux », a-t-il insisté, ajoutant que les deux forces qui gardaient le capitalisme en vie étaient la réserve fédérale des États-Unis et l’économie chinoise. « Nous devons nous comporter en adultes et voir le monde tel qu’il est », a-t-il observé.

Un nouveau plan d’investissement

Yanis Varoufakis est le candidat principal du Printemps européen, une coalition des partis de gauche pour les élections européennes du mois de mai. Celui-ci a défendu son initiative phare pour les européennes, un nouveau plan d’investissement d’une valeur de 5% du PIB européen, financé par la Banque européenne d’investissement et soutenu par la Banque centrale européenne.


La candidature de Varoufakis entérine la fragmentation de la gauche européenne
Yanis Varoufakis, Spitzenkandidat du groupe de gauche Démocratie en Europe, sera à nouveau le fer de lance de la gauche européenne, même si c’est un processus « douloureux » au sein de forces désunies. Un article d’Euractiv Allemagne.
 
« La situation est meilleure qu’en 2010… mais cela reste insuffisant », a-t-il observé en référence à l’investissement qui est toujours « particulièrement bas ». Selon l’ancien ministre grec, les 500 milliards d’euros de la Banque européenne d’investissement pourraient faciliter la création « d’emplois verts de qualité ». La BCE serait en mesure de contrôler les pressions sur les marchés ainsi que les rendements des obligations émises par la Banque européenne d’investissement.  Une proposition qui pourrait être au cœur de son programme politique pour les cinq prochaines années.

Conscient que sa coalition n’a que peu de chances de l’emporter, Yanis Varoufakis s’est dit prêt à soutenir n’importe quel candidat à la Commission avec qui ils coïncideraient sur ce point. « Peu importe à qui revient le siège, l’essentiel est que nous avancions sur ce sujet », a-t-il déclaré.

Malgré une bonne croissance de l’économie européenne, l’investissement demeure toujours aux niveaux antérieurs à la crise. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker a fait de l’investissement l’une de ses priorités et avait d’ailleurs lancé sa propre initiative (le plan Juncker) en 2014, qui a, selon lui, été un franc succès et permis de mobiliser plus de 315 milliards d’euros.

Yanis Varoufakis considère quant à lui le plan Juncker comme une « fraude » en ce sens qu’une grande partie des fonds aurait été redéployée et qu’il s’agissait d’un système complexe de garanties plutôt que de subventions directes. « Notre proposition se contentera de produits dérivés standards », a-t-il déclaré.

Le candidat à la présidence de la Commission a expliqué avoir déjà élaboré cette proposition à l’époque où il était ministre des Finances. L’idée n’avait pas été rejetée par le conseil de la Banque européenne d’investissement mais n’avait jamais été mise en œuvre.

Pas de budget de la zone euro

Une fois parvenu à un consensus sur ce nouveau paquet d’investissement, Yanis Varoufakis aimerait aborder des questions plus complexes, telles que le surplus commercial allemand et l’idée d’une nouvelle constitution européenne pour une Europe plus transparente et fédérale.

Il s’est toutefois opposé à l’idée d’un budget de la zone euro, considéré par certains comme un instrument budgétaire qui pourrait protéger la monnaie unique en cas d’importants chocs économiques. Yanis Varoufakis a qualifié la proposition d’Emmanuel Macron à ce sujet de « non pertinente » d’un point de vue macroéconomique.

Afin d’avoir un instrument fonctionnel « il nous faut pouvoir contrôler la démocratie », ce qui selon lui serait uniquement possible en passant par une nouvelle Constitution. Pour y parvenir, l’UE doit toutefois d’abord passer par un rééquilibrage via ce nouveau plan d’investissement.





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