[ Exclusif ] Enquête sur la Chine et les vins de Bordeaux : 1er épisode

 
 

Depuis une dizaine d'années, de plus en plus de châteaux du Sud-Ouest sont achetés par des investisseurs chinois, plus ou moins familiers des matières viticoles, ce qui fait parfois gloser localement voire au-delà, en mode "On n'est plus chez nous".

Pourtant, beaucoup y trouvent leur compte : notaires, conseillers, avocats qui finalisent les transactions et organismes interprofessionnels. Sans oublier les autorités locales (CCIB, CIVB, mairies, entre autres) et surtout les vendeurs, souvent des enfants qui ne veulent pas reprendre la propriété des parents ou ne peuvent pas payer les frais de succession. Car globalement, contrairement à une idée reçue, le vin n'est pas une activité très rentable, surtout pour les centaines de châteaux, souvent de simples bâtisses, situés dans des appellations peu prestigieuses. Toujours est-il qu'aujourd'hui plus de 140 châteaux ont été acquis par des investisseurs chinois, qui représentent environ 3% du total.

Voici notre série d'été, avec 5 reportages sur les avancées de l'Empire du milieu dans le vignoble bordelais. A tout seigneur, tout honneur, on commence avec Peter Kwok, qui fut pionnier en la matière.


Les terrasses du château Tour Saint-Christophe

Ses terrasses en pierres sèches, entièrement refaites, sont l'une des particularités du château Tour Saint-Christophe, appellation Saint-Emilion Grand Cru, sis à Saint-Christophe des Bardes, avec sa couche profonde d'argile bleue que l'on trouve d'ordinaire plutôt sur l'appellation Pomerol. Quatre oliviers centenaires y trônent, offerts par Juan Carlos, l'ex-roi d'Espagne.

Il fait partie du groupe Vignobles K. K comme Kwok, Peter Kwok, 69 ans, milliardaire chinois ayant grandi au Vietnam puis fait fortune dans l'hôtellerie, l'immobilier ou les panneaux solaires. C'est en 1997, il y a 21 ans, qu'il achète le château Haut Brisson, déjà à Saint-Emilion, ce qui fait de lui un précurseur en matière d'investissements chinois dans le vignoble bordelais. Le groupe Vignobles K est aujourd'hui géré par ses trois enfants Elaine, Karen et Howard, et s'est agrandi depuis, puisque sept châteaux en font aujourd'hui partie. Au quotidien, c'est Jean-Christophe Meyrou qui est aux manettes.

Dans l'interview qu'il nous a accordée, ce globe-trotter du vin, né dans une barrique ou presque de parents négociants, nous explique comment il s'est retrouvé là, quel est son travail, son positionnement bio/raisonné, pourquoi il se garde bien de tout miser à l'export sur la Chine, et comment Peter Kwok a vite compris combien, en matière de vin, que l'humilité était la règle. L'arrogance ici se paye cash, car c'est la nature qui commande. Le terroir, la pluie, la grêle, les maladies conditionnent le travail de toute une année. Une fois ceci accepté, entrent en jeu les savoir-faire. Des tailleurs de printemps (dans le Sud-Ouest on dit l'épamprage) au maître de chai, c'est toute une chaîne en mouvement constant, qui tolère peu l'amateurisme. Et certains investisseurs (notamment chinois mais pas que) ont payé assez rapidement le fait d'avoir cru acheter une usine d'embouteillage, sortant bon an mal an 100 000 cols qu'il suffisait de charger sur un container direction le port de Canton.

Après, il faut travailler dans de bonnes conditions pour ne pas ruiner ce que la nature a offert, et c'est là que l'actionnaire est important, quand il sait écouter ceux qui savent. Lorsqu'il faut refaire les chais, avec un contrôle température/hygrométrie au degré près:Peter Kwok répond présent. Le résultat est somptueux, tout en béton ciré et métal, et l'on peut les visiter avant ou après la dégustation. Pour s'inscrire, le lien est en fin d'article.


Suprême raffinement, et c'était une première pour moi, comme on le voit sur la photo, certaines barriques ont une paroi de verre, qui permet de surveiller l'évolution et de piloter finement les différentes étapes nécessaires avant la mise en bouteille. Le cru 2018 s'annonce bien à ce stade, les parcelles ayant été épargnées par l'épisode de grêle qui a frappé le Sud-Ouest il y a quelques semaines. L'avisé Peter Kwok a gagné (outre le respect des professionnels de la profession comme disait Godard) plusieurs surnoms depuis son arrivée, dont "Spécial K", ou "K à part". C'est dire...

 

http://www.vignoblesk.com/fr





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