FOCAC : « Seuls les pieds savent si les chaussures leur conviennent ». Proverbe chinois

 
 

53 chefs d'Etat africains étaient réunis pour deux jours à Pékin pour un sommet sino-africain les 3 et 4 septembre 2018.

Nous revenons sur les principaux faits qui ont marqué ce Forum sur la coopération sino-africaine de Beijing en croisant les réactions des dirigeants Africains présents à ce Forum en Chine et sur l'écho de ce forum dans les médias occidentaux dont les français, pour y voir clair entre la "soniphobie" des uns et la "sinodolatrie" des autres au sujet du continent africain.

Je commencerais par me faire l’écho d’une personnalité qui s’est exprimé sur France Inter au premier jour du Forum : Thierry Pairault. Il est directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste de la relation Chine-Afrique. Il explique, argumente et démontre uniquement au travers de ce qui est mesurable, des chiffres que bon nombre de phantasmes circulent sur la Chine Afrique.

La question essentielle de la journaliste de France Inter est la suivante.

Est-ce que la relation entre la Chine et l’Afrique est vraiment «gagnant/gagnant»?

Selon lui il est impossible de dire oui ou non si on veut une réponse honnête ET globale. Impossible parce qu’il y a une profonde asymétrie entre la Chine pays continent, certes, mais unifié sous le même drapeaux et l’Afrique, continent de 54 pays différents avec ce que cela comporte. Selon Thierry Pairault , les phantasmes médiatiques les plus communs en occident sont les formulations à l’emporte-pièce à propos du «pillage» des ressources et « l’invasion » chinoise sur le sol africains.

C’est qui est factuel, c’est que, d’un point de vue économique, l’Afrique a besoin de la Chine. A contrario, La Chine n’a pas besoin de l’Afrique. « La Chine est la 2ème puissance économique avec ou sans l’Afrique.  A propos des matières premières, quand nous regardons les chiffres du FMI, l’Afrique vend des matières 1ere, la Chine en achète mais au même niveau que les Etats unis, l’Inde, la Russie et l’Europe achètent à l’Afrique et cela dans des proportions equilibrées »

La démonstration de Thierry Pairault continue sur l’exemple du pétrole « Pour le pétrole venant d’Afrique, c’est l’Angola qui fournis la Chine à hauteur de 63% de ce qui sort de l’Afrique, 37% sont repartit sur les autre pays africains producteurs de pétrole dont l’Algérie, le Gabon, l’Ouganda…etc ». Là où les «Total» et autre «Exxon» sont installés pour faire court.

Autre chiffre clef, très étonnant mais factuel cité par Thierry Pairault : 1 % des besoins de la Chine en pétrole viennent de l’Afrique ou pour les minerais c’est pareil , les fournisseurs de la Chine sont repartis partout dans le monde…il n’y a pas de pillage de la Chine sur un point du globe en particulier mais des achats ventilés sur tous les continents avec une diversification des fournisseurs. Et je peux compléter par l’exemple de l’Ouganda, fidèle partenaire de Pékin, qui a attribué récemment à Total l’exploitation de la plus grande partie de ses gisements pétroliers du lac Albert, la compagnie chinoise « Cnooc » n’ayant obtenu qu’un tiers de ceux-ci…

Autre phantasme l’invasion de l’Afrique par les sociétés chinoises. Certain parle de 10 000 entreprises chinoise installées en Afrique… 

Thierry Pairault : « Selon le FMI, Il n’y a 2500 entreprises chinoise officiellement en Afrique et non 10 000 ». 

Autre phantasme qui nourrit les articles des médias occidentaux : La chine investit des milliards en Afrique. Effectivement, la Chine est un partenaire commercial de l'Afrique, c’est vrai. Oui, la Chine investit DES milliards en Afrique mais il y a une nuance à apporter… C’est vrai dans la mesure où, à partir de « deux » on peut écrire « des » car, selon les études chiffrées de Thierry Pairault «Hors prêts avec ou sans intérêt c’est en en moyenne 2 milliards et demi de dollars par an d’investissement chinois concret en Afrique depuis 2015 dans des infrastructures ou des parcs industriels ». Ventilés sur la cinquantaine de pays d’Afrique, ce sont des investissements qui ne visent pas à surendetter un continent. Investissement d’ailleurs largement salués par les chefs d’état des pays Africains lors de ce forum 2018.

Alors quid de cette posture bienveillante de la Chine vis-à-vis de l’Afrique ?  

Ce que retient Thierry Pairault spécialiste de la relation Chine-Afrique au CNRS : « La chine cherche à se constituer un capital diplomatique en Afrique, 54 pays en Afrique, c’est concrètement 1 tiers des voix au nations unis… donc des voix importantes pour la Chine afin de peser au niveau mondiale » . En France, nous savons à quel point ces voix sont précieuses.

Il y a certes une incitation pécuniaire: Xi Jinping a annoncé dans son discours de clôture du forum que la contribution de la Chine passe à 60 milliards de dollars dont 15 milliards sous forme de prêts sans intérêt . Mais on aurait tort de n’y voir qu’une diplomatie du carnet de chèque.

L’éditorialiste Pierre Haski, qui n’est pas connu pour être complaisant avec la Chine le soulignait sur France inter :

« Ce sommet du FOCAC est l’une des évolutions majeures de la dernière décennie, dont nous n’avons pas totalement mesuré la portée. La Chine est devenue le premier partenaire du continent africain : le pays le plus peuplé au monde rencontre le continent-clé du 21ème siècle. Si la Chine est aussi forte en Afrique, c’est d’abord parce que nous n’avons pas su nouer, nous français , avec ce continent, des relations postcoloniales équitables et durables»

Effectivement, il n’y a plus qu’un seul pays africain, le Swaziland, qui garde des relations diplomatiques avec Taïwan. Tous les autres ont choisi Pékin, dont très récemment le Burkina Faso. Plus généralement, la Chine est devenue un partenaire essentiel de l’Afrique, même si cela ne veut pas dire qu’elle y est seule et que les pays africains se détournent des Etats-Unis, de l’Union européenne (UE) ou des autres pays émergents...De mon point de vue , après le décryptage de Thierry Pairault , La Chine et les pays africains créent des infrastructures ensemble . Il est temps que, Français et Européens, nous fassions ce qu'entreprend la Chine car l'Afrique doit être le monde de demain et j’ajouterais que l’Afrique est le monde francophone de demain. Pendant que Donald Trump ignore ou méprise l’Afrique et que  L’europe parle de « nouveau colonialisme » et « critique ce financement de la Chine qui augmente la dette africaine » Xi jinping, lui, courtise les pays africains et en fait des partenaires.

Et je replace mon titre de chronique ici, « seuls les pieds savent si les chaussures leur conviennent ». Pour ce qui est de la coopération de la Chine avec l’Afrique, il est intéressant d’écouter les pays Africains qui sont les mieux placés pour parler des relations « Chine Afrique ». 

Le président sénégalais Macky Sall a appelé l'Afrique à ne pas avoir la conscience perturbée" par les critiques occidentales contre la dette des pays africains vis-à-vis de Pékin

Le Chef de l’Etat togolais Faure Gnassingbé a déclaré « les Africains n’ont pas oublié l’histoire. L’Afrique n’a jamais été colonisée par la Chine. L’imagination de certaines personnes est limitée par une mentalité étroite. Les critiques des pays occidentaux sur les relations sino-africaines proviennent de leur mentalité hégémonique. Ils ont dit que la Chine se livrait à du néo-colonialisme en Afrique, mais, historiquement, ce sont eux qui ont vendu des esclaves africains. Ce sont eux qui ont également colonisé l’Afrique. En revanche, tout au long de milliers d’années d’histoire, la Chine n’a jamais pillé l’Afrique »

Parmi les contrats signés lors de ce forum, on peut mentionner trois projets autoroutiers au Cameroun, un investissement de 180 millions d’euros dans une centrale hydro-électrique au nord du Gabon, des projets d’infrastructures télécom au Nigeria. La Chine a construit une voie ferrée entre la capitale éthiopienne, Addis Abeba, et le port de Djibouti, qui remplace –le symbole est fort-, une ligne précédente construite par les Français au début du 20ème siècle. L’ancienne colonie française de Djibouti abrite d’ailleurs la première base militaire chinoise hors de Chine. Les Instituts Confucius, ces écoles de langues financées par Pékin, ne désemplissent pas, signe d’une relation qui va au-delà des gros contrats.

En synthèse, à l’issue de ce forum, l’Afrique toute entière est désormais incluse dans la nouvelle « route de la soie » chinoise, avec le financement de grands travaux d’infrastructures. Pékin s’offre en alternative aux anciennes puissances coloniales défaillantes ou aux États-Unis dont le désintérêt pour l’Afrique a été grossièrement signifié par Donald Trump lorsqu’il a parlé de « pays de merde » en janvier dernier.

L’influence chinoise en Afrique est devenue un fait géopolitique majeur. Ce forum en a fait la démonstration.





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